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#1 18-01-2015 17:04

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Re : Le Monde - Ragued : « En Tunisie, on fait passer les clubs avant la sélection »

Le Monde - Ragued : « En Tunisie, on fait passer les clubs avant la sélection »

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Houcine Ragued (à droite de l'image) lors d'un match Espérance de Tunis contre le Tout puissant Mazembe en 2012. (Photo AFP / FETHI BELAID)
 
La plupart des joueurs qui disputeront la Coupe d'Afrique des nations 2015 évoluent en Europe. La France fournit, cette année encore, le plus important contingent, avec soizante-quatorze joueurs sélectionnés. Mais du Cameroun au Burkina Faso, en passant par la Tunisie et la République démocratique du Congo, certains internationaux africains défendent encore les couleurs d'un club de leur championnat national. Le Monde leur donne la parole à l'occasion de cette compétition, qui débute samedi 17  janvier en Guinée équatoriale.

Avant la rencontre entre la Tunisie et le Cap-Vert, à 20 heures, à Ebibeyin, Houcine Ragued, milieu de terrain de l'Espérance de Tunis, évoque la ferveur du football au pays des Aigles de Carthage. L'ancien joueur du Paris–Saint-Germain, du Slavia Prague ou de Karabükspor (Turquie), né à Saint-Germain-en-Laye en 1983, raconte l'amour vibrant des Tunisiens pour leurs clubs, plus que pour leur sélection.

L'AMOUR DU CLUB EN ÉTENDARD

« Si cela fait dix ans que je suis international tunisien [Tunisie olympique en 2004 et Tunisie à partir de 2006], cela fait deux ans que je connais la vie en Tunisie, depuis mon arrivée, en 2012, à l'Espérance de Tunis. Ma famille est originaire de Djerba, dans le sud du pays. Les Tunisiens soutiennent énormément leur club, plus que la sélection. Même dans les petites villes du Sud, la ferveur pour leur club des habitants est impressionnante. 

« Lorsque tu achètes ton pain, dans les cafés, chez le coiffeur, la discussion tourne toujours autour du football. Le policier, le douanier ou la mère de famille avec ses enfants, tous vont te parler de foot. Ici, l'attachement à un club fait partie de ton identité. A Tunis, on te demande ton nom et ensuite on te demande si tu es espérantiste [supporteur de l'Espérance de Tunis] ou clubiste [supporteur du Club africain]. »

UNE RIVALITÉ FORTE

« L'Espérance de Tunis est le plus grand club tunisien [vingt-six championnats et quatorze coupes] et l'un des meilleurs clubs africains [deux Ligues des champions d'Afrique, une Coupe de la CAF et une Coupe d'Afrique des vainqueurs de coupe]. La rivalité est très forte entre les deux plus grands clubs de Tunis, l'Espérance et le Club africain, mais elle existe aussi avec d'autres clubs comme l'Etoile sportive de Sousse, le club sportif sfaxien ou encore le club athlétique bizertin.

« A Sousse, les gens te regardent quand tu es joueur de l'Espérance. Lorsque tu te comportes avec respect, il n'y a pas de problème. A l'inverse, j'ai connu des joueurs qui étaient obligés d'être escortés lorsqu'ils jouaient avec la sélection à Sousse. Les supporteurs se souvenaient d'un mauvais geste à leur encontre lors de matchs de championnat.

« A Tunis, un quartier va soutenir l'Espérance, puis la rue juste à côté sera elle derrière le Club africain. Dans une famille, tu entendras souvent dire : “Malheureusement, mon fils est espérantiste”, ou heureusement ne l'est pas, et vice et versa. »

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Houcine Ragued sous le maillot tunisien en 2009. (AFP / FETHI BELAID)

UN CHAMPIONNAT DE BON NIVEAU MALGRÉ LA CRISE POLITIQUE

« Le championnat est d'un bon niveau. Il existe cinq ou six clubs de tête en Tunisie, capables de bien figurer dans les compétitions africaines. Sfax a déjà remporté la Coupe de la CAF, Bizerte se comporte toujours bien dans les Coupes africaines. L'Etoile du Sahel [Sousse] a gagné des Coupes africaines, dont la Ligue des champions. Performance que l'on peut mettre aussi à l'actif du Club africain.

« Nous avons la chance d'avoir des passionnés de football comme présidents. A l'Espérance, Hamdi Meddeb [son soutien affiché au président Ben Ali avait créé la polémique, notamment avec le président du Club athlétique bizertin Mehdi Ben Gharbia] est le président depuis 2007. Il investit beaucoup.

« Au Club africain, Slim Riahi, président depuis 2012, a bien recruté : Saber Khalifa, prêté par l'OM, l'international algérien Abdelmoumene Djabou, Tijani Belaïd, passé par l'Inter et en provenance de Moreirense [Portugal] ou encore Stéphane Nater, qui vient de Suisse [il a les nationalités suisse, française et tunisienne].

« Le championnat se développe, même si la crise politique a ralenti le processus. Le football tunisien a besoin d'infrastructures, mais il est normal que l'Etat avance sur d'autres dossiers plus prioritaires. Les stades pourraient être remplis sans les restrictions liées à la situation politique. La capacité des stades est souvent limitée.

« Pour le derby, le 24 décembre, entre l'Espérance et le Club africain, sur une capacité totale de soixante mille places du stade olympique de Radès, on a autorisé treize mille spectateurs. A 3 heures du matin, les gens faisaient la queue pour acheter leur billet. La police et le service de sécurité ont dû intervenir. Les gens sont en manque de foot, mais il faut respecter ces mesures prises par les autorités, telles que l'interdiction des mineurs, la présentation d'une pièce d'identité ou des horaires de match où les gens travaillent. J'espère que bientôt les familles pourront revenir dans les stades en toute sécurité. »

UNE SÉLECTION QUI S'APPUIE SUR DES JOUEURS LOCAUX

« Historiquement, la sélection tunisienne a toujours eu beaucoup de joueurs issus du championnat tunisien. Le vivier est extraordinaire, et le championnat d'un bon niveau. Pour cette CAN 2015, nous sommes onze à évoluer en Tunisie. En 2004, lors de la dernière victoire tunisienne à la CAN, les joueurs du cru étaient encore plus nombreux. En général, les joueurs africains s'exportent moins bien lorsque leur sélection a moins de résultat, ce qui a été notre cas depuis 2004. En Tunisie, nous avons aussi moins de joueurs binationaux qu'en Algérie, par exemple.

« Avoir une ossature de joueurs qui évoluent en Tunisie est très intéressant, à mon avis, pour les qualifications à la CAN ou à la Coupe du monde. Ce n'est pas toujours évident de passer d'un match au Parc des Princes à un terrain en synthétique du Malawi ! D'ailleurs, je ne sais pas si certaines bonnes équipes européennes pourraient franchir les qualifications africaines. »

« En tout cas, je suis certain que les Tunisiens ne s'imaginent pas sans joueurs de l'Espérance ou du Club africain en équipe nationale de Tunisie. »

Anthony Hernandez / lemonde.fr

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