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Présenté officiellement ce matin devant les médias, le nouvel entraîneur de l’Espérance Sportive de Tunis, Patrice Beaumelle, a livré un discours dense, structurant et surtout révélateur de l’homme et du technicien appelé à guider les Sang et Or dans une période charnière de la saison. Entre reconnaissance, lucidité et ambition assumée, le Français a posé les premiers jalons de son projet.
D’entrée, Beaumelle a tenu à inscrire son arrivée dans un cadre de respect et de continuité. Avant même d’évoquer son nouveau défi, il a adressé ses remerciements à la Fédération angolaise et à son président, Alves Simões, pour avoir facilité sa libération, tout en souhaitant pleine réussite aux Palancas Negras. Un geste élégant, fidèle à une certaine idée de la loyauté dans le football.
Le nouveau coach n’a pas manqué de remercier le président Hamdi Meddeb, le vice-président Riadh Bennour, ainsi que l’ensemble du board, sans oublier le directeur sportif Yazid Mansouri, qu’il connaît depuis plus d’une décennie. Une relation de confiance qui n’est pas anodine dans la construction d’un projet solide.
Beaumelle a également insisté sur l’importance du travail réalisé par Christian Bracconi, auteur d’un intérim qu’il a qualifié de « très bon », rappelant les trois victoires consécutives obtenues récemment et la dynamique positive retrouvée. Loin de vouloir rompre avec l’existant, le nouveau staff entend s’inscrire dans la continuité, Bracconi restant pleinement impliqué au sein du projet, notamment dans le lien avec l’académie.
Conscient de l’ADN du club, Patrice Beaumelle a rappelé que l’Espérance se doit de jouer sur tous les fronts : championnat, Coupe et Ligue des champions. Avec un match en retard à disputer dans les prochaines heures, le calendrier s’annonce dense, mais stimulant. « Tous les voyants sont au vert », a-t-il laissé entendre, soulignant que l’équipe est sur de bons rails.
Le quart de finale de Ligue des champions face à Al Ahly est déjà dans les esprits. Un choc qu’il n’hésite pas à qualifier de « finale avant l’heure », opposant deux géants du continent africain. Mais pas question de brûler les étapes : chaque match à venir devra servir de préparation, car, selon lui, « les victoires appellent les victoires » et construisent la confiance indispensable aux grands rendez-vous.
Avec près de 35 à 36 joueurs susceptibles d’intégrer le groupe professionnel, Beaumelle souhaite d’abord récupérer tout le monde, notamment les blessés, avant d’opérer des choix. Il a cité le cas de Youssef Belaïli, qu’il connaît bien et qu’il souhaite revoir au meilleur niveau, sans précipitation. Même approche pour les cadres touchés récemment, comme Yassine Meriah ou Mohamed-Amine Tougaï, dont l’absence a pesé sur l’équilibre de l’équipe.
Le mot d’ordre est clair : concerner tout le monde, physiquement et mentalement, afin d’avoir un maximum d’options et de maintenir une concurrence saine.
Lucide sur les forces actuelles de l’Espérance, Beaumelle a salué une équipe solide défensivement, capable de bien défendre en bloc et de limiter les dégâts dans les temps faibles. Offensivement, en revanche, il estime qu’il y a une marge de progression, notamment dans la finition et le jeu combiné dans les trente derniers mètres.
Sa philosophie se veut claire : un football dynamique, avec du pressing, de la verticalité, du mouvement et des combinaisons rapides. Garder le ballon pour le garder n’a que peu d’intérêt à ses yeux ; l’objectif reste de déséquilibrer l’adversaire et d’aller au bout des actions, une exigence partagée par un public sang et or réputé pour son sens critique et sa passion.
Se définissant lui-même comme un « travailleur acharné », Patrice Beaumelle entend s’investir pleinement au quotidien, bien au-delà du terrain. Construire un projet, selon lui, passe aussi par le dialogue, l’échange et la structuration invisible, celle que l’on ne voit pas toujours les jours de match.
Fort de près de vingt ans d’expérience sur le continent africain, entre clubs et sélections, il affirme connaître les spécificités, la ferveur et les exigences de ce football. Et s’il insiste sur l’humilité nécessaire dans une institution comme l’Espérance, il n’en demeure pas moins animé par une détermination sans faille : gagner, construire et produire du beau jeu.
Interrogé sur les joueurs écartés ces derniers mois, le nouvel entraîneur a prôné le dialogue et la transparence, tout en rappelant un principe fondamental : rien n’est au-dessus de l’institution. Des entretiens auront lieu, des décisions seront prises en concertation avec la direction, sans jamais perturber l’équilibre du groupe.
En conclusion, Patrice Beaumelle a résumé sa vision en une phrase forte : « La star, c’est l’équipe ». Un message qui donne le ton d’un mandat placé sous le signe du collectif, du travail et d’une ambition assumée, à la hauteur de l’histoire et des attentes de l’Espérance Sportive de Tunis.