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Polémique fabriquée, football malade


Formation de l'Espérance ayant disputé le match face au Stade Tunisien au stade de Radès, le 21 février 2026. (Photo est.org.tn)
Formation de l'Espérance ayant disputé le match face au Stade Tunisien au stade de Radès, le 21 février 2026. (Photo est.org.tn)

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Depuis le dernier match, une polémique aussi bruyante que peu innocente enfle autour d’un prétendu « préjudice » subi par le Stade Tunisien. Une agitation médiatique familière, presque routinière, qui dépasse largement le débat simpliste du « penalty ou pas penalty ». Car au fond, ce vacarme n’a rien de sportif et encore moins d’honnête.

Il faut le dire clairement : la contestation permanente est devenue un refuge commode. Dès qu’un club se heurte à la loi du terrain face à l’Espérance de Tunis, la même musique se met en place. On pleurniche, on crie à l’injustice, on convoque les plateaux de ces médias de seconde zone pour tenter de réécrire le match. Peu importe la réalité du jeu, peu importe la domination, peu importe les occasions manquées : l’essentiel est ailleurs, dans la construction d’un récit victimaire.

Cette stratégie est désormais bien connue. Elle sert tantôt à masquer des insuffisances sportives, tantôt à mettre une pression sournoise sur l’arbitrage des matchs à venir. Et comme cela fonctionne trop souvent, pourquoi s’en priver ? Celui qui crie le plus fort à l’injustice finit, comme par magie, par se voir désigner « le bon arbitre » au match suivant. Les exemples de ce tricotage grossier ne manquent pas dans notre championnat.

Pourtant, s’il est une défaite qui ne devrait jamais faire rougir, c’est bien celle concédée face à l’Espérance. Un club à des années-lumière du reste du peloton, structuré, formé et calibré pour les compétitions continentales, voire mondiales. Normalement, perdre seulement 1-0, ou même accrocher un nul, devrait être vécu comme un exploit, ou au minimum comme un soulagement. Dans bien des cas, l’adversaire devrait presque fêter le fait de ne pas avoir encaissé la correction de sa saison.

Les exemples récents sont parlants. Le match face au Stade Tunisien, bien sûr, mais aussi la rencontre aller contre le Club Africain. On crie au scandale, on alimente la polémique… puis, lorsque l’on revient calmement aux images télévisées, on découvre que c’est souvent l’Espérance qui a été la plus lésée. Mais le mal est fait, et surtout, l’objectif est atteint : calmer les supporters, leur donner une excuse clé en main, leur laisser croire que sans « injustice », leur équipe aurait gagné. Tant mieux pour eux si l’illusion passe.

Le contraste est d’autant plus frappant lorsqu’on observe d’autres affiches. Lors du dernier match entre le Club Africain et l’Étoile Sportive du Sahel, l’Étoile a subi une lourde défaite, a reconnu la supériorité de son adversaire et l’a même salué. Une attitude sportive, rare, presque incongrue dans notre paysage. Car face à l’Espérance, ce scénario n’existe pratiquement jamais. Les défaites s’enchaînent, nombreuses, mais le discours reste le même : « on a été volés ».

C’est le monde à l’envers. Et surtout, ce n’est plus drôle. Cette culture de l’excuse et de la suspicion permanente nous entraîne collectivement vers le fond. Nous pataugeons dans un marécage de médiocrité où la responsabilité est toujours celle de l’autre, jamais le travail ou son absence.

Tant que le football tunisien n’aura pas compris qu’il n’existe qu’une seule vérité durable — le travail — rien n’avancera. Un échec n’est ni une honte ni une injustice en soi, mais une invitation à se remettre en question et à mieux travailler. Aujourd’hui, notre football est malade : malade de ses instances, de certains dirigeants, de clubs qui refusent de regarder leurs propres failles, et de médias torchons qui soufflent sur les braises. À ce rythme, le football tunisien est tiré vers le bas et poussé inexorablement par cet état d’esprit toxique vers l’abîme.