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L’Espérance a validé samedi soir son billet pour la phase de groupes de la Ligue des champions au terme d’un match éprouvant face au Swehly SC. Une qualification acquise aux tirs au but, qui a provoqué une joie bien particulière. Car au-delà du résultat sportif, il y avait le besoin de tourner la page d’une soirée frustrante à Misrata, de répondre aux critiques et de retrouver un peu de sérénité dans une période de reconstruction.
La qualification de l’Espérance pour la phase de groupes de la Ligue des champions n’a, en principe, rien d’exceptionnel. Avec 24 qualifications à son actif, le club détient le record de la compétition et a pris l’habitude de retrouver ce rendez-vous continental. Pourtant, samedi soir, au coup de sifflet final et surtout après la séance des tirs au but, les scènes de joie avaient quelque chose de différent. Sur la pelouse de Radès, dans les tribunes et jusque sur les réseaux sociaux, le soulagement était immense. Comme si l’Espérance venait de franchir un obstacle bien plus important qu’un simple deuxième tour préliminaire.
Pour comprendre cette réaction, il faut revenir sur les événements de la semaine écoulée. Le match face au Swehly SC n’était pas une formalité. La formation libyenne a montré à l’aller, à Misrata, qu’elle disposait d’un collectif solide et de joueurs capables de mettre l’Espérance en difficulté. La défaite concédée en Libye, dans des circonstances arbitrales vivement contestées par le camp espérantiste, avait laissé des traces. Au retour, il fallait non seulement combler un but de retard, mais aussi gérer la pression d’une possible élimination prématurée.
Une revanche qui dépassait le seul résultat
L’Espérance a fait ce qu’elle devait faire. Dès la huitième minute, Imad Faraj a remis les deux équipes à égalité sur l’ensemble des deux matches. Le plus difficile semblait alors avoir été accompli, d’autant que les Sang et Or ont ensuite pris le jeu à leur compte et se sont procuré plusieurs occasions de faire la différence. Mais le ballon n’a plus voulu entrer. Le Swehly a résisté, s’est accroché à ses chances et a fini par emmener son adversaire jusqu’à la séance des tirs au but.
C’est là que Béchir Ben Saïd a pris une part décisive à la qualification en repoussant deux tentatives adverses. Avec trois tirs réussis contre un seul pour les Libyens, l’Espérance a fini par faire pencher la balance de son côté. La joie qui a suivi était à la mesure de la tension accumulée pendant la rencontre, mais aussi durant toute la semaine.
Car cette soirée avait une saveur particulière : celle d’une revanche. Pas seulement sur un adversaire qui avait pris l’avantage à l’aller, mais aussi sur une accumulation de frustrations. Le penalty accordé au Swehly à Misrata et l’expulsion de Belaïli après la fin de la rencontre avaient nourri, dans le camp espérantiste, un profond sentiment d’injustice. À cela se sont ajoutées des moqueries venues du côté libyen, vécues comme une provocation par une partie des joueurs et des supporters.
Dans ces conditions, la rencontre de Radès avait pris une dimension émotionnelle inhabituelle. Il ne suffisait plus de gagner pour poursuivre l'aventure. Il fallait aussi répondre sur le terrain, retrouver sa fierté et ne pas laisser la déception du match aller dicter la suite de la campagne continentale.
Les grandes équipes connaissent ces moments où un match dépasse les limites du terrain. L’histoire de l’Espérance en fournit quelques exemples : lorsqu’elle se sent acculée, contestée ou injustement traitée, la réaction peut être particulièrement forte. Samedi, les Sang et Or ont trouvé les ressources pour renverser une situation qui aurait pu leur échapper. Cela ne gomme pas les difficultés rencontrées, mais donne à cette qualification une valeur particulière.
Une équipe qui doit encore se construire
Il serait toutefois réducteur de ramener cette qualification à une simple histoire de revanche. Elle intervient aussi dans un contexte sportif bien précis. L’Espérance a profondément remanié son effectif durant l’intersaison, avec des changements qui ont concerné l’immense majorité du groupe. Deux staffs techniques se sont également succédé. Dans ces conditions, il serait illusoire d’attendre d'une équipe renouvelée à ce point qu'elle affiche immédiatement les automatismes et la maîtrise collective d'un groupe qui travaille ensemble depuis plusieurs saisons.
Les hésitations, les difficultés à concrétiser les occasions et les passages moins convaincants ne doivent pas être ignorés. Face au Swehly, l’Espérance a dominé une bonne partie de la rencontre, mais n’a pas réussi à se mettre à l’abri. Elle a laissé son adversaire espérer jusqu’au bout et a dû passer par une séance de tirs au but toujours incertaine. Un autre scénario aurait pu conduire à une élimination particulièrement mal vécue, compte tenu des circonstances et des attentes entourant ce rendez-vous.
C’est précisément ce qui rend la qualification importante. L’équipe a encore beaucoup à améliorer, mais elle a su répondre présente lorsqu’elle s’est retrouvée au pied du mur. Elle a obtenu le résultat indispensable pour poursuivre son parcours, malgré la pression et les occasions manquées. Dans une saison où les repères sont encore à construire, ce genre de soirée peut compter.
Une qualification arrachée dans ces conditions peut aussi souder un groupe. Les victoires obtenues sans difficulté ne racontent pas toujours grand-chose sur la capacité d’une équipe à traverser les moments compliqués. Celles qui exigent de puiser dans ses réserves, de rester concentré malgré la frustration et de tenir jusqu’au dernier instant peuvent laisser une autre empreinte. Il faudra naturellement confirmer dans les semaines à venir, mais l’Espérance dispose désormais d’une première expérience commune sur laquelle s’appuyer.
Avancer sans brûler les étapes
Il convient néanmoins de garder la tête froide. La qualification pour la phase de groupes constitue un soulagement et une première étape franchie. Elle ne règle pas, à elle seule, les problèmes de fond et ne fait pas soudainement de l’Espérance une favorite au sacre continental.
Au regard des changements opérés cet été, le statut d’outsider paraît aujourd’hui plus juste. L’ambition reste d’aller le plus loin possible, mais il serait contre-productif de placer dès maintenant sur cette équipe une pression correspondant à celle d’un prétendant déjà installé au sommet. Pour retrouver ce statut, l’Espérance doit d’abord gagner en cohésion, améliorer son efficacité et donner davantage de continuité à ses prestations.
Cela ne signifie pas qu’il faille revoir les ambitions à la baisse. Le club a l’histoire, l’expérience et les exigences nécessaires pour regarder loin dans cette compétition. Mais entre les ambitions affichées et leur réalisation, il y a un travail quotidien, des automatismes à trouver et un collectif à faire grandir. La prochaine phase de groupes offrira justement l’occasion de mesurer les progrès accomplis face à des adversaires d’un autre calibre. Elle permettra aussi de mieux situer cette équipe dans la hiérarchie continentale.
L’objectif doit donc être double : défendre les couleurs du club avec l’ambition qui s’impose et profiter de cette campagne pour construire un groupe capable de viser plus haut, avec davantage de certitudes, dans les saisons à venir. Les victoires importantes participent à cette construction. Encore faut-il savoir en tirer les enseignements, sans s’enflammer après un succès ni tout remettre en question au premier revers.
Samedi soir, l’euphorie était parfaitement compréhensible. Après la tension de Radès et le dénouement aux tirs au but, les joueurs et les supporters pouvaient enfin laisser éclater leur joie. Mais cette émotion a rapidement laissé place au travail. La qualification est acquise, le premier objectif est atteint et l’Espérance peut désormais se tourner vers la suite avec un peu plus de sérénité.
Le tirage au sort de la phase de groupes est maintenant attendu. Il déterminera les prochains adversaires des Sang et Or et donnera un premier aperçu des défis qui les attendent. D’ici là, le plus important reste de continuer à travailler, de progresser collectivement et de profiter de cette qualification pour consolider les bases d’une équipe encore en devenir.
L’Espérance a obtenu ce qu’elle était venue chercher à Radès. Elle a répondu à la défaite de Misrata, surmonté une forte pression et gagné le droit de poursuivre son aventure africaine. La joie de samedi avait un goût de revanche, sans doute, mais aussi celui d’un soulagement profond. Le plus dur commence maintenant.