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L'Espérance a gagné un titre on ne peut plus méritoirement. L'attitude des joueurs sur le terrain reflétait indéniablement un état d'esprit de gagneur, de batailleur et de surpassement de soi qui faisaient bien plaisir à voir et qui ont finalement été récompensés à la fin par une Coupe qui restera à jamais la propriété du meilleur club tunisien de tous les temps.
Il n'en demeure pas moins que l'Espérance n'a pas été parfaite. Une vérité de la lapalissade diront certains, mais l'objet de l'analyse est justement de revenir sur ce qui a marché, tout en attirant l'attention sur ce qui reste à améliorer que ce soit sur le plan collectif ou individuel, d'autant plus qu'une double confrontation attend les Sang et Or contre le même adversaire au cours des trois prochaines semaines, certes dans un autre cadre et avec des joueurs probablement différents, mais des leçons sont à tirer pour mieux approcher ces matches.
Si sur le plan tactique on y reviendra dans les détails, nous nous permettons de mentionner qu'il est inconcevable de se faire «malmener» par des adversaires qui ont usé de pleurniche et abusé des agressions pendant toute la rencontre, sans qu'il y ait de réaction ferme des nôtres vis-à-vis de l'arbitre, nous pensons notamment au premier but étoilé. Imaginez pour un instant que cela soit arrivé de l'autre côté ... d'ailleurs, les camarades de Felhi en ont donné un exemple édifiant à la fin du match, sur une faute plus qu'évidente du capitaine étoilé sur notre gardien et le match a dû s'arrêter pendant au moins deux minutes. À méditer!
La défense :
Elle est passée à une organisation plus classique avec quatre éléments. La charnière centrale a été presque irréprochable, tout comme les arrières latéraux qui ont assuré globalement sur le plan défensif, bien qu'à l'occasion on puisse reprocher aux uns et aux autres quelques rares distractions. Sur les balles arrêtées par contre, elle a laissé des plumes et là des questions sont à se poser quant à l'organisation défensive lors de cet exercice, d'autant plus que le marquage de zone ne doit pas rimer avec une défense statique.
Le milieu :
Pour une fois que les joueurs du milieu ont joué plus rapprochés, l'amélioration du rendement de ce compartiment a été bien palpable. Généralement évoluant à cinq éléments, l'Espérance n'a malheureusement pas su asseoir une mainmise marquée, car il y a eu des défaillances individuelles, auxquelles nous allons revenir, mais également tactiques qui auraient pu jouer de mauvais tours à l'équipe. Et dire que l'Étoile jouait avec un Ogunbiyi, à notre avis l'élément baromètre de l'équipe sur le plan offensif, assez diminué et avec un néophyte, Abdennour, aux côtés d'un Nafkha certainement pas le meilleur récupérateur étoilé et ce, en l'absence de Narry, l'homme de tous les équilibres des protégés de Decastel après le départ de Traoui. En particulier, nous pensons au mauvais placement du trio Mahjoubi-Hammi-Darragi en phase défensive, les deux premiers jouant assez collés et sur la même ligne ... alors que les joueurs étoilés, notamment les attaquants, ont pris toutes leurs balles soit sur le côté soit derrière le duo, et un Darragi souvent en retard, perdu et ne sachant à quel saint se vouer en matière de replacement.
En phase offensive, si Hammi a été un peu libéré par la présence transparente de Mahjoubi, Darragi n'a pas su apporter le soutien attendu en matière de relais et d'orientation du jeu, comme à son habitude, devrions-nous ajouter. Seuls Tayeb, généreux dans l'effort et l'homme dans l'ombre de cette finale, et «Boucha», le héros sans conteste du match, quoique amoindri, ont pu tirer leur épingle du jeu, apportant par ailleurs un soutien constant à Eneramo devant, notamment sur les côtés, où Cabral a eu l'intelligence de les appeler à permuter constamment.
L'attaque :
Eneramo s'est démené comme à son habitude, marqué par un Jmal qui ne l'a pas lâché d'une semelle, sauf pour réaliser un «smash» de volley, une spécialité désormais étoilée, non qu'on veuille faire référence à un certain Derbali, mais plutôt au néo Sang et Or de Le Mans, qui a marqué un but mémorable en Coupe de la Confédération. Mais pour revenir au compartiment, le Nigérian a trouvé un soutien constant des deux faux ailiers et même de Darragi, qui à l'occasion plongeait dans la surface, mais la manoeuvre Sang et Or n'a pas su se montrer incisive pour autant. Et pour cause, la dernière passe manquait généralement de précision, sinon les appels de balles se faisaient soit en retard, soit dans le mauvais espace.
Les joueurs :
Kasraoui : Il a finalement été décisif avec deux arrêts dignes de grands gardiens, l'un sur un tir de Silva, à bout portant alors qu'il était également masqué par Felhi et un dernier, en toute fin de match, lorsque Touré s'est retrouvé inexplicablement seul devant le keeper Sang et Or, suite à une longue remise en touche! Par contre, Kasraoui n'a pas été parfait, loin de là, car il semble manquer de sérénité. On peut lui reprocher quelques mauvais retards dans ses sorties sur les contres étoilés, notamment quand sa défense joue la ligne, et par ailleurs un manque de leadership dans sa surface qui finit par coûter des buts évitables autrement. Nous pensons particulièrement au premier but, qui, malgré une double erreur non signalée par l'arbitre, n'a pas lieu d'être, si Jmal savait qu'il allait y laisser des plumes. D'ailleurs, nous terminons par faire remarquer que et au derby et contre l'Étoile, les adversaires vont sciemment commettre des agressions sur notre gardien, ce qui est inconcevable - un clin d'oeil également à nos défenseurs -.
Bokungu : Il s'est contenté du minimum syndical à tous les niveaux, défensivement avec son manque d'agressivité et de maturité tactique qui sont à améliorer, et en phase offensive, puisqu'il n'est pas assez monté, malgré le fait qu'en face, Silva, qui n'affectionne pas les débordements, n'a pas eu beaucoup de soutien sauf lors de rares occasions.
Chammam : Un match assez plein. Il n'a pas hésité à apporter son soutien habituel sur le plan offensif, mais défensivement, il est loin d'être sans reproche. S'il a compris que l'on ne peut se permettre de perdre une balle aussi bêtement dans notre propre zone, celle qui a été à l'origine de la faute sur le premier but, il doit gagner en présence d'esprit afin d'être décisif défensivement. Nous pensons notamment aux deux buts blancs marqués par Silva et Ben Dhifallah, où sur la première action, il n'a pas su anticiper la déviation et sur la deuxième, encore pis, il a manqué sa course de repositionnement, laissant le champ libre à Ben Dhifallah de faire un appel au second poteau, sans surveillance, Chaâbani ayant couvert la partie centrale.
Z. Derbali : C'est le meilleur match de Zied depuis bien longtemps. Il était au four et au moulin et il nous a fait oublier sa piètre prestation contre EGSG, qui doit faire partie du passé. Malgré ça, on aurait aimé qu'il ait une meilleure présence d'esprit sur le but annulé de Silva, en s'alignant sur son gardien, faute d'un retour dans l'axe plus rapide. Et finalement, il a failli gâcher la fête à la fin du match suite à sa mauvaise appréciation d'une balle de remise en touche pourtant lointaine, mais Kasraoui a sauvé la mise. C'est une faute impardonnable à ce stade de la compétition.
Chaâbani : Quelle agréable sortie de notre capitaine. Il a su sortir un de ses meilleurs matches défensivement, nous pensons notamment à la concentration et la présence d'esprit qui lui manquent tant en général pour compenser ses carences physiques, notamment au niveau de la vivacité et la réactivité, que certains confondent avec rapidité. Une belle manière de dire au revoir!
Hammi : Un match plein d'Ahmed et c'est ce que nous nous attendons du patron du milieu de par son expérience, surtout qu'avec Mahjoubi, il pouvait se permettre plus de liberté et de marge de manoeuvre et défensive et offensive, où l'ex étoilé s'est montré plus présent notamment dans la conversion du jeu. Un seul reproche qu'on pourrait lui faire, c'est lorsqu'il n'attaque pas le porteur du ballon à l'occasion, sa marque de commerce pourtant. Nous pensons notamment à la fois où sur un contre, il a laissé tout l'espace nécessaire à Chermiti d'ajuster sa passe à Nafkha dans le dos de la défense.
Mahjoubi : Un match à oublier à tous points de vue, comme la plupart de ses sorties cette saison, pour ne pas remonter à plus loin. Efficacité nulle en récupération et en replacement, toujours en retard ou presque, nous pensons notamment à son repli sur Silva sur le but blanc de ce dernier alors qu'il était son adversaire direct, son retard sur Nafkha alors qu'il était à un ou deux mètre de lui au départ de l'action, venu de derrière, voire son manque d'agressivité sur Silva lui laissant tout l'espace dont il a besoin, sur un contre SVP, pour faire une ouverture millimétrée à Ben Dhifallah sur son but blanc. Il joue souvent les inutilités avec des pertes de ballons à l'occasion qui perturbent l'équipe dans son évolution offensive mais aussi défensive, jouant trop proche de Hammi à l'occasion (consignes?). Son remplacement s'imposait plus tôt à notre avis et finalement il a cédé sa place à Z. Souissi à la 67'. Z. Souissi : Il a fait une entrée intéressante apportant une meilleure vivacité au milieu. En se plaçant relativement plus haut que Hammi, il a pu presser le milieu étoilé pour bloquer sa manoeuvre. Par ailleurs, il s'est montré disponible pour ses coéquipiers pour leur donner des solutions lors de la remontée de la balle, un rôle qui manquait tant au compartiment médian.
Darragi : Un meilleur match que celui contre EGSG qui est loin d'être une référence on s'en entend. Il a manqué de rythme, comme à son habitude, en étant incapable d'effectuer des accélérations, sauf à l'occasion balle au pied. Peu disponible, jouant au petit trot, il est souvent en retard dans toutes les phases du jeu. Même ses passes, quand elles trouvent la bonne adresse, ont manqué de conviction, faisant perdre à ses coéquipiers des fractions sinon des secondes importantes pour espérer surprendre l'adversaire grâce aux décalages créés. En matière de récupération, il ne faut pas s'attendre à ce que ses courses soient meilleures qu'en appels offensifs. Bref, un énième match à oublier!
Tayeb : Au risque de se répéter, c'est l'homme dans l'ombre de ce match. Il a joué avec un coeur gros comme ça et il en fallait pour compenser les défaillances tactiques et individuelles de notre milieu, voire physiques, celles d'Aboucherouane, qui a pu souffler grâce aux changements de côtés avec Walid, qui a dû user ses adversaires directs sur le double plan défensif et offensif. Il n'en demeure pas moins que Walid gagnera à améliorer ses courses (timing, direction) pour être plus décisif tactiquement, puisque techniquement il manque un peu d'adresse. On l'a vu faire des fautes directes partout sur le terrain et ce, à cause d'un certain manque de lucidité causant des retards occasionnels sur certaines actions.
Aboucherouane : «Il phenomeno» a finalement trouvé mesure à ses pieds à l'occasion, bénéficiant d'une plus grande marge de manoeuvre offensivement, alors qu'on a abusé de lui sur le côté gauche du milieu jusqu'ici. L'homme du match sans conteste, malgré une condition physique pas totalement au top, il a su à lui seul sceller le sort de la finale avec deux buts venus d'une autre planète. Certes, il n'a pas été heureux dans toutes ses tentatives lors de ce match, mais une fois revenu à de meilleures prédispositions physiques, on s'attend à une meilleure percussion du Marocain. Espérons que «Boucha» saura bâtir sur cette excellente sortie pour relancer sa carrière et tremplin à l'Espérance tel que prévu. Et il a démontré, si besoin est, qu'il en a les moyens!
Eneramo : Le bomber Sang et Or est passé à côté d'un exploit rarissime, celui de marquer à chaque match joué en Coupe cette saison, tous contre des adversaires nationaux et en déplacement SVP. Michaël le méritait pourtant hier au vu d'une bataille qu'il a dû livrer à la charnière centrale étoilée. Il aurait pu même se faire justice lui-même après la faute subie en pleine surface de réparation, mais l'arbitre Meyer en a voulu autrement, pour ne pas revenir à la faute sur Darragi par ailleurs, alors qu'il est le spécialiste des penalties. Passeur décisif sur le second but victorieux et «remiseur» par excellence tout le long du match, il n'a malheureusement pas été bien servi pour être en phase de conclusion, Jmal et Felhi ne lui concédant aucun cheveux faut-il le préciser.
Bekri et B. Yaken rentrés respectivement à la place de Chammam, blessé, et Darragi en fin de match, ne peuvent être évalués pour le peu de minutes jouées.
En somme, une bonne copie rendue par les Sang et Or de Cabral et de son assistant Kanzari dans l'ensemble et malgré quelques imperfections, ils ont su honorer le maillot qu'ils portent en rendant la monnaie à un public qui n'a jamais lésiné sur les moyens pour pousser ses protégés vers la consécration finale. Bravo! La famille Sang et Or dans son ensemble ne peut qu'en être fière!
P.S. : Les limites de ces impressions, indépendamment de leur caractère «personnel», c'est qu'ils se basent sur la retransmission télévisée de TV7 et donc ne peuvent être appréciés qu'à titre indicatif, car rien ne vaut la vue d'ensemble sur un terrain.