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La gifle reçue par la Tunisie lors de la Coupe du Monde 2026 ne doit rien au hasard. Elle est violente, humiliante même, mais elle n'est pas surprenante. Elle est simplement le reflet fidèle d'un football qui, depuis des années, s'enfonce dans une crise profonde que beaucoup ont préféré ignorer.
Bien sûr, on pointera immédiatement les causes les plus visibles : une préparation insuffisante, des choix discutables dans la composition de l'effectif ou du staff technique. Tout cela est vrai. Et si le problème s'arrêtait là, il suffirait de mieux préparer la prochaine échéance, de sélectionner les meilleurs joueurs et de repartir de l'avant...
Malheureusement, le mal est bien plus profond.
Ce Mondial n'est pas l'échec d'un groupe. C'est celui de tout un système.
Depuis trop longtemps, le football tunisien donne l'impression de vivre sans véritable cap. Les dirigeants passent, les promesses se succèdent, mais les mêmes problèmes demeurent. L'absence d'une stratégie à long terme, le manque de vision, une formation qui régresse, des infrastructures qui peinent à suivre les standards modernes, des difficultés financières qui fragilisent les clubs et, surtout, un sentiment d'iniquité qui revient sans cesse dans les débats.
À force de repousser les vrais problèmes, ils finissent toujours par vous rattraper.
Pendant des années pourtant, cette réalité est restée relativement invisible. Une raison simple à cela : il y avait l'Espérance Sportive de Tunis.
Car pendant que la majorité des clubs tunisiens avaient de plus en plus de mal à franchir les tours préliminaires des compétitions africaines, l'Espérance continuait d'atteindre régulièrement le dernier carré continental, remportait des titres, représentait la Tunisie à la Coupe du Monde des Clubs et maintenait le football tunisien sous les projecteurs internationaux.
À elle seule, elle entretenait l'illusion que le football tunisien demeurait compétitif.
En réalité, elle était devenue l'arbre qui cachait la forêt.
Ses performances donnaient le change. Elles masquaient progressivement l'affaiblissement général du championnat, la baisse du niveau technique, le recul de la formation et les difficultés structurelles qui frappaient l'ensemble du football national.
Mais même le plus solide des arbres ne peut pousser éternellement dans une forêt qui dépérit.
Depuis plusieurs saisons, l'Espérance tente d'avancer à contre-courant. Avec ses propres moyens, sa propre organisation et sa propre exigence, elle essaie de maintenir des standards élevés dans un environnement qui, trop souvent, semble tirer tout le monde vers le bas.
Le club n'a d'ailleurs jamais caché ses inquiétudes. À plusieurs reprises, il a alerté sur les dérives qui menacent durablement le football tunisien. Ces avertissements ont souvent été minimisés. Aujourd'hui, les résultats parlent d'eux-mêmes.
Et certains épisodes récents n'ont fait que renforcer ce sentiment d'isolement.
Entre les nombreuses polémiques arbitrales qui ont marqué la saison passée, des programmations de rencontres dans des conditions difficilement compréhensibles - parfois en pleine canicule durant le Ramadan ou à quelques jours d'échéances cruciales en Ligue des champions - ainsi que la suspension de douze mois infligée à Tougaï, beaucoup de supporters de l'Espérance ont eu le sentiment que leur club payait aussi le prix de ses prises de position et de son refus d'accompagner un fonctionnement qu'il conteste.
Que cette lecture soit partagée ou non, une chose est certaine : le fossé entre l'Espérance et les instances dirigeantes du football tunisien n'a jamais semblé aussi profond.
Pourtant, l'histoire de l'Espérance a toujours été celle de l'exigence.
Depuis 1919, le club s'est construit autour d'une idée simple : viser plus haut. Refuser la facilité. Refuser la médiocrité. Chercher l'excellence, saison après saison, quelles que soient les difficultés.
C'est cette exigence qui a fait de l'Espérance la locomotive du football tunisien pendant plus d'un siècle.
Et c'est précisément parce qu'elle refuse de s'accommoder de ce qu'elle considère comme un déclin qu'elle continue aujourd'hui à déranger.
Le Mondial 2026 aura au moins eu un mérite : celui de mettre fin aux illusions. Le problème du football tunisien ne se résume pas à une mauvaise compétition ou à une génération moins talentueuse. Il est plus profond, plus ancien et demandera bien davantage qu'un simple changement de sélectionneur pour être résolu.
L'Espérance, pendant des années, a porté le football tunisien sur ses épaules. Elle a retardé l'heure du constat.
Aujourd'hui, la forêt apparaît au grand jour.
Et elle ne pourra retrouver des couleurs que lorsque ceux qui dirigent notre football auront enfin le courage de regarder la réalité en face plutôt que de continuer à la masquer.