Accueil chaleureux des supporters pour Ribeiro et Belaïli lors de leur première séance d'entraînement au Parc B. (Photo est.org.tn)

Mercato

Un mercato qui donne des armes, pas des garanties

Sur le papier, difficile de nier l’évidence : l’Espérance a réalisé un mercato de très haut niveau. Plusieurs joueurs de qualité, au talent reconnu, sont venus renforcer un effectif qui avait besoin d’être renouvelé. Les départs de plusieurs cadres de la saison passée ont été largement compensés, au moins en termes de profils et de potentiel. Et cela, les supporters l’ont bien compris. Ils ont surtout vu les efforts consentis une nouvelle fois par le président Hamdi Meddeb pour donner au club les moyens de ses ambitions.

Il y a de quoi être satisfait. Même franchement heureux. Mais il y a aussi une autre réalité, moins spectaculaire, qu’il faut garder en tête avant de s’enthousiasmer trop vite : un mercato, aussi réussi soit-il, ne gagne aucun match à lui seul.

Chokri El Ouaer l’a rappelé hier dans le vestiaire avec une formule qui résume finalement assez bien la situation. La direction a fait le nécessaire pour renforcer l’équipe. « Maintenant, la balle est dans votre camp », a-t-il lancé aux joueurs. Le message était clair : les dirigeants ont fourni les moyens, aux hommes de terrain de transformer ces moyens en résultats.

Et surtout, ne nous trompons pas sur la nature de ces investissements. Ils permettent de mettre davantage de chances de notre côté. Ils ne constituent en aucun cas une garantie de succès.

L’exemple donné par El Ouaer mérite d’être médité. Le Paris Saint-Germain ou le Real Madrid ont, dans un passé pas si lointain, réuni des effectifs remplis de stars et connu malgré tout des saisons sans trophée. Parce que le football ne fonctionne pas comme une addition. On peut empiler les grands noms sans obtenir pour autant une grande équipe.

C’est là que se situe le véritable enjeu de cette Espérance nouvelle.

Changer plus de 80 % des éléments de son onze-type, lorsqu’il s’agit de joueurs importants, n’est jamais anodin. Il faut recréer les automatismes, les complémentarités, les repères, les habitudes de jeu. Il faut apprendre à défendre ensemble, à sortir ensemble, à se trouver les yeux fermés. Il faut aussi que les personnalités se mélangent et que chacun accepte de faire des concessions au service du collectif. Tout cela ne se décrète pas en quelques semaines.

Le football n’est pas une science exacte. Ce n’est pas des mathématiques. Deux excellents joueurs ne font pas automatiquement une excellente association. Onze bons footballeurs ne forment pas nécessairement une bonne équipe. Entre le recrutement et la construction d’un collectif capable de fonctionner à plein régime, il y a un travail considérable.

Et ce travail demande du temps.

C’est probablement le point que nous, supporters espérantistes, devons le plus sérieusement intégrer. Nous sommes culturellement impatients. Nous voulons voir les résultats immédiatement, surtout lorsqu’un mercato aussi ambitieux nourrit naturellement de grandes attentes. Mais cette équipe ne sera probablement pas celle que nous verrons dans une semaine. Et celle que nous verrons dans un mois ne sera sans doute pas encore celle qui jouera les grands rendez-vous de la saison avec tous ses automatismes.

Le championnat commence dans exactement une semaine et soyons lucides : l’Espérance n’est pas encore prête à 100 %. Elle est en rodage. Cela ne signifie pas qu’elle est faible, ni qu’elle n’a pas les armes pour réussir. Cela signifie simplement qu’elle est encore en train de se construire.

Il faudra donc accepter les imperfections. Les hésitations. Peut-être même quelques faux pas au début. Ils sont inévitables dans la vie d’une équipe en reconstruction, même lorsque cette reconstruction est ambitieuse.

C’est précisément là que le rôle du public devient essentiel.

Les adversaires attendent forcément un premier accroc. Ils espèrent que la moindre contre-performance provoquera des doutes, des tensions, voire une crise artificielle. Certains médias ne manqueront pas de souffler sur les braises au premier nul ou à la première défaite. C’est le football et nous connaissons la musique.

À nous de ne pas tomber dans le piège.

Cette équipe a besoin d’encouragements pour prendre son envol, pas d’une pression supplémentaire à chaque mauvaise passe. Elle aura besoin de confiance pour trouver ses repères, de patience pour créer ses automatismes et surtout d’un environnement capable de l’accompagner dans les moments où tout ne fonctionnera pas encore comme prévu.

Le plus difficile commence maintenant.

La direction a fait sa part. Le recrutement a donné à l’Espérance de nouvelles armes. Les joueurs doivent désormais en faire une équipe, puis une vraie équipe capable de gagner. Et derrière eux, il faudra tout un peuple pour pousser, soutenir, encourager.

Ne demandons pas à cette Espérance d’être parfaite dès le premier jour. Demandons-lui de progresser, de travailler, de se battre. Le reste viendra avec le temps.

Et quand elle sera pleinement lancée, nous verrons jusqu’où ce formidable potentiel peut nous emmener.

Vive l’Espérance !

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