Ligue 1

Le football tunisien mérite mieux que des rustines

La débâcle de la sélection tunisienne lors de la dernière Coupe du monde a agi comme un révélateur plus que comme une surprise. Seule représentante africaine à quitter la compétition dès le premier tour, avec des prestations qui ont laissé un profond sentiment de honte et d'impuissance, la Tunisie a vu éclater une colère populaire rarement observée ces dernières années. Les appels à une démission collective des dirigeants de la Fédération, voire à une refonte complète des instances, se sont multipliés.

Et comme souvent dans notre football, la réponse ne semble pas passer par une remise en question de fond.

Depuis quelques jours, une idée circule avec insistance dans certains médias : la Fédération envisagerait de supprimer les relégations et de multiplier les accessions afin de porter exceptionnellement la Ligue 1 à vingt clubs dès la saison prochaine. Officiellement, rien n'a encore été acté. Officieusement, la rumeur est suffisamment insistante pour ne pas être anodine.

Difficile de ne pas y voir une manière de tester la température. Une bouteille à la mer. Une façon de mesurer les réactions avant d'aller plus loin.

Si cette hypothèse venait à se confirmer, beaucoup y verraient moins une réforme structurelle qu'une tentative de calmer les tensions, de satisfaire un maximum de clubs et d'éviter que les mécontentements ne se transforment en véritable mouvement de contestation contre les dirigeants actuels.

Le problème est justement là.

Ce que l'on reproche aujourd'hui aux instances du football tunisien n'est pas une erreur isolée. C'est une manière de fonctionner. Une absence chronique de vision. Une incapacité à planifier.

La Coupe du monde en est probablement l'exemple le plus frappant. On ne découvre pas, deux mois avant une compétition planétaire, qu'il faudrait mettre en place un programme de préparation digne de ce nom. Une Coupe du monde se prépare des années à l'avance, pas dans l'urgence, pas dans la précipitation, et certainement pas à coups de solutions improvisées.

C'est exactement cette culture de l'improvisation qui semble aujourd'hui se reproduire dans la gestion du championnat.

Nous approchons déjà de la reprise des entraînements. Si l'on se fie aux habitudes du calendrier, la nouvelle saison devrait débuter vers la mi-août. En théorie... En pratique, personne n'en sait véritablement rien.

Les dirigeants, encore mobilisés aux États-Unis, n'ont toujours pas définitivement statué sur les différents recours et réclamations déposés par les clubs concernés par la relégation. Le classement définitif de la saison écoulée n'est même pas officiellement figé. Résultat : le flou est entretenu.

Pendant ce temps, les clubs vont bientôt reprendre le travail. Ils doivent organiser leurs stages, programmer leurs matches amicaux, construire leurs effectifs, négocier leurs contrats et préparer une saison dont personne ne connaît réellement le format. Mais après tout, pourquoi s'en inquiéter ? Ils navigueront à vue. Comme tous les ans.

Qu'on soit clair : un championnat à vingt clubs n'est pas, par principe, une mauvaise idée. Si cette réforme s'inscrivait dans un véritable projet de développement du football tunisien, avec une réflexion sur le calendrier, les infrastructures, l'arbitrage, les droits télévisés, la professionnalisation des clubs et l'amélioration du niveau général, elle mériterait d'être étudiée sérieusement. Nous serions même parmi les premiers à la soutenir.

Mais une réforme n'a de valeur que lorsqu'elle répond à une stratégie. Pas lorsqu'elle répond à une urgence politique.

Car augmenter brutalement le nombre d'équipes ne fait pas automatiquement progresser un championnat. Bien au contraire. Dans un contexte où le niveau moyen peine déjà à s'élever, élargir la Ligue 1 risque surtout de diluer davantage la qualité des rencontres, d'alourdir un calendrier déjà mal maîtrisé et de compliquer encore un peu plus la tâche des clubs engagés sur la scène continentale.

Les premiers concernés devraient d'ailleurs être les clubs qui représentent régulièrement la Tunisie en Afrique. À commencer par l'Espérance Sportive de Tunis.

Pour un club dont les ambitions se mesurent chaque saison à l'échelle de la Ligue des Champions africaine, toute décision susceptible d'abaisser encore le niveau de compétitivité du championnat local ne peut être considérée que comme un handicap supplémentaire. Et l'Espérance n'est certainement pas la seule concernée. Les autres formations appelées à défendre les couleurs tunisiennes sur le continent auraient elles aussi tout intérêt à défendre un championnat exigeant plutôt qu'un championnat simplement plus grand.

Car la véritable question est là. Cherche-t-on réellement à renforcer le football tunisien ? Ou cherche-t-on avant tout à apaiser momentanément les tensions ?

Après l'épisode de la nomination d'Hervé Renard en pleine Coupe du monde pour seulement deux matchs, perçue par beaucoup comme un moyen de détourner momentanément l'attention, cette nouvelle idée ressemble, aux yeux de nombreux observateurs, à une deuxième pilule sédative. Une mesure susceptible de satisfaire certains clubs engagés dans des procédures devant le Tribunal Administratif, de calmer momentanément les esprits... mais sans traiter les causes profondes de la crise.

Le football tunisien n'a pourtant plus besoin d'effets d'annonce. Il a besoin d'un cap. Il a besoin de dirigeants capables d'anticiper plutôt que de subir. De bâtir plutôt que de colmater.

Aujourd'hui, l'impression demeure la même : on avance sans véritable feuille de route, avec les mêmes responsables, les mêmes méthodes et les mêmes réflexes.

Le décor change rarement. Les problèmes, eux, reviennent chaque saison.

Et tant que l'on continuera à privilégier les solutions de circonstance plutôt qu'une vision à long terme, le football tunisien restera prisonnier de ses propres improvisations.

Pour le bien de notre football, il est temps que cela change...