Il devient de plus en plus difficile, pour tout amoureux sincère du football tunisien, de continuer à suivre notre championnat avec passion. Ce qui devrait être une fête hebdomadaire, un moment de plaisir et de communion autour du jeu, s’est progressivement transformé en un spectacle désolant où le sportif semble relégué au second plan.
Car aujourd’hui tout donne l’impression d’être biaisé, orienté, presque écrit à l’avance. Les résultats ne se jouent plus uniquement sur le rectangle vert. Ils semblent se dessiner dès les désignations arbitrales, se confirmer pendant les matchs à coups de décisions litigieuses - parfois amplifiées par l’utilisation discutable de la VAR - et se consolider ensuite dans certains discours médiatiques complaisants.
Inutile ici de dresser la liste exhaustive des irrégularités observées cette saison. Elle serait trop longue, et surtout trop accablante. Le simple fait d’en évoquer quelques-unes suffirait à illustrer un malaise profond, presque structurel, qui gangrène notre Ligue 1.
Et pendant ce temps-là, les puristes souffrent. Ceux qui espèrent encore voir un match se jouer loyalement, où 22 acteurs se disputent la victoire uniquement par le talent, l’engagement et le respect des règles. Ce football-là, celui qui fait vibrer, celui qui élève, semble aujourd’hui devenu une rareté en Tunisie.
Ce phénomène n’est pas nouveau. Il s’inscrit dans une dérive qui dure depuis plusieurs années. Mais cette saison marque un tournant, une amplification inquiétante. Pourquoi ? Parce que, pour une fois, le scénario n’était pas écrit comme d’habitude.
Lorsque l’Espérance de Tunis impose sa loi dès la phase aller, en creusant un écart conséquent, tout le monde finit par s’incliner devant l’évidence sportive. Mais cette année, fragilisée par un remaniement profond de son effectif lors du mercato estival et touchée par des blessures importantes, l’équipe a marqué le pas. Et c’est là que tout a basculé.
Certains clubs, au lieu de saisir cette opportunité pour rivaliser sportivement, ont semblé bénéficier de circonstances pour le moins troublantes. Match après match, décision après décision, scandale après scandale, l’écart s’est réduit, parfois au détriment d’équipes lésées, dans des conditions qui interrogent et révoltent.
Qu’on soit clair : perdre un titre à la régulière, sur le terrain, personne ne le conteste. C’est la loi du sport, et elle est acceptée par tous. Mais voir un championnat basculer pour des raisons extra-sportives, sous les yeux d’instances censées garantir l’équité, est tout simplement inacceptable.
Car oui, le plus inquiétant reste cette impression d’impuissance - ou pire, d’indifférence - des organes compétents face à ces dérives. Rien n’a été véritablement stoppé. Rien n’a été corrigé. Et le sentiment d’injustice n’a cessé de grandir.
Au final, cette saison de Ligue 1 restera comme l’une des plus controversées de ces dernières années. Une saison salie par l’extra-sportif, où plusieurs clubs ont été lésés, et où tout semble avoir convergé vers un dénouement qui, pour beaucoup, paraît «programmé».
Dans ce contexte pesant, une seule issue permettrait de sauver l’honneur du championnat : que l’Espérance de Tunis reprenne son destin en main. Qu’elle fasse abstraction de tout cela, et qu’elle aille chercher les quatre victoires qui lui restent.
Elle en a les moyens. Elle en a le devoir, aussi. Non seulement pour elle-même, mais pour tous ceux qui refusent de voir le football tunisien sombrer définitivement dans la suspicion.
Parce qu’au bout du compte, il reste une vérité simple : le football appartient aux joueurs, pas aux coulisses. Et il est temps de le rappeler, avec force.