Il est des décisions qui dépassent le simple cadre organisationnel pour toucher à l’essentiel : la santé et la dignité des acteurs du jeu. Programmer des matchs de l'Espérance de Tunis en plein milieu de la journée, en ce mois de jeûne, relève d’une irresponsabilité que nous ne pouvons plus passer sous silence.
Car au-delà du calendrier et des impératifs télévisuels, il y a des hommes. Des joueurs soumis à un effort intense, à des exigences de performance extrêmes, et qui, dans le respect de leurs convictions, observent le jeûne. Faire fi de cette réalité, c’est ignorer les bases mêmes du sport de haut niveau, mais aussi manquer de respect aux clubs, aux supporters et à l’éthique sportive.
Un précédent qui aurait dû servir de leçon
Il y a seulement deux ans, le football tunisien a frôlé le drame. L’Espérance avait été contrainte de disputer ses matchs à 13 heures, en pleine canicule et en plein mois de Ramadan. Le bilan, bien que sans issue tragique, avait été lourd : une avalanche de blessures, des organismes mis à rude épreuve, des joueurs poussés à la limite de leurs capacités physiques.
Cette année, l’histoire se répète. Rebelote. Avec, en filigrane, l’espoir à peine voilé que l’Espérance y laisse quelques plumes. Et ce, en jouant dangereusement avec la santé de ses joueurs. Est-ce là la vision que les instances se font du football ?
La performance sportive a ses limites
Le football est un sport d’effort, d’explosivité et d’intensité. Peut-on raisonnablement imaginer que l’Espérance, avec des joueurs observant le jeûne, puisse rééditer à 13 heures la performance athlétique exceptionnelle livrée récemment face à Petro de Luanda ? La réponse est évidente : c’est impossible.
Certes, le club multiplie les actions de prévention. Des sessions de formation sont organisées pour sensibiliser les joueurs aux risques, à l’importance d’une nutrition adaptée et d’une gestion rigoureuse de l’effort. C’est nécessaire, louable même. Mais cela ne suffit pas. On ne compense pas une programmation dangereuse par de simples recommandations médicales.
Des solutions existent, le respect aussi
Les matchs doivent se jouer le soir, comme cela se fait partout ailleurs. On ne demande pas l’impossible. Juste un minimum de respect. Le stade de Radès permet parfaitement l’organisation de rencontres en nocturne. Les matchs de Ligue des champions s’y déroulent d’ailleurs régulièrement le soir. Il n’y a donc aucune excuse valable.
Personne ne souhaite le malheur. Personne ne veut imaginer l’irréparable. Mais si, à force d’entêtement et d’aveuglement, un drame venait à se produire, alors les responsabilités seraient claires. Ceux qui persistent dans ces choix dangereux devront assumer toutes les conséquences.
La santé des joueurs ne doit jamais être une variable d’ajustement. Le football mérite mieux. Les joueurs méritent mieux. Et l’Espérance, institution historique et respectée, exige simplement ce qui devrait aller de soi : le respect.